Dream World
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La région dans laquelle se trouve la ville de Satô était autrefois un pays nommé Obake, gouverné par une famille royale qui avait constitué une puissante armée de ninjas. 10% de la population appartenait à cette armée, et ces 10% auraient été assez puissants pour décimer les 90% restants si cela s’était avéré nécessaire. La répression semblait être le mode de gouvernement favori du roi Niryû, qui régnait sur Obake il y a environ cinq siècles. Son comportement alternait entre caprices et décisions réfléchies, mais dans les deux cas, les lois qu’il faisait passer ne semblaient avoir pour but que de rendre les conditions de vie des civils plus difficiles. Les manifestations populaires n’avaient pas la moindre influence sur ses décisions. En revanche, lui-même avait une autorité qui n’égalait que son orgueil.
Durant la période noire, les contrées se rebellèrent plus violemment, les manifestations se firent plus fréquentes et les civils décidèrent de s’organiser. Ils n’avaient qu’un seul argument pour convaincre les ninjas de se ranger de leur côté plutôt que de se battre contre eux, comme le leur ordonnait Niryû, et cet argument leur faisait prendre un risque énorme : « aidez-nous ou vous devrez nous exterminer jusqu’au dernier ». La résistance s’organisa, mais le roi ne fléchit pas, nullement impressionné par ce qu’il ne voyait que comme une crise passagère. Il avait confiance en le pouvoir qu’il possédait depuis des années, tandis que le peuple croyait en cette force nouvellement acquise pour prendre le contrôle d’Obake. Surtout, Niryû avait confiance en son principal atout : Tanke Riona.
Tanke était un prodige, un jeune homme d’à peine vingt-cinq ans qui avait gravi à une vitesse hallucinante les échelons de l’armée. Il était au service du roi depuis une dizaine d’années, et c’était certainement le ninja le plus célèbre d’Obake. Sa force n’était plus à démontrer ; même ceux qui étaient de son côté le craignaient. Niryû en avait bien conscience, et le déplaça sur l’échiquier géographique afin de mettre fin aux rébellions. La simple présence de Tanke suffisait à calmer les manifestants. Son teint très pâle, ses yeux verts presque blancs et la rose tatouée dans son cou permettaient à tous de reconnaître celui qu’on surnommait « l’ombre ». Il n’avait pas à se battre, puisque personne ne lui arrivait à la cheville. Pourquoi parler quand tout le monde sait ce qu’on va dire ? Pourquoi se défendre de ceux qui ont trop peur pour attaquer ? Tout ce qu’il faisait, c’était écouter.
Il écouta le peuple se plaindre à de nombreuses reprises. Il n’écouta qu’une fois l’ordre du roi lui demandant de décimer les habitants d’un village qui n’obéissait plus à ses lois, « pour l’exemple ». Tanke partit seul, sans arme ni troupe d’hommes. Après tout, n’était-il pas une arme à lui seul ? Il eut assez des quelques centaines de kilomètres qui séparaient la capitale du petit village, nommé Lani, pour réfléchir à ce qu’il avait à faire. Et lorsqu’il arriva à destination, ce fut pour dire aux habitants de faire leurs bagages et de le suivre. A croire qu’il en avait assez de n’être qu’une ombre au service d’un monarque qui utilisait son pouvoir de façon inconsidérée. Son départ marqua la dissolution de l’armée, mais pas seulement : ce furent toutes les contrées qui, une à une, furent désertées par leurs habitants qui abandonnèrent le concept de nation.
L’ombre et les habitants du village de Lani marchèrent pendant plusieurs jours, avant de s’arranger près d’une forêt au centre de laquelle se trouvait un lac. Ce dernier fut baptisé « Shizuku », mais ce fut l’aspect de cet espèce de sable blanc, semblable à du sucre, qui décida les nouveaux venus à nommer l’endroit « Satô ». Ce n’était pas le nom d’un pays, mais celui d’un village. Le leur. Tanke se vit attribuer le poste de chef du village, ou plutôt le « kage » selon le second dialecte d’Obake. D’autres villages furent fondés selon l’exemple de Satô. Au bout de deux siècles, une partie des habitants de Satô quittèrent l’endroit, se dirigeant vers le sud pour y fonder un second village. Le village en question serait baptisé Oki, mais les habitants de Satô n’en sauraient rien, et ceux Oki oublieraient bien vite leurs origines.
Nous voici aujourd’hui en 2006, cinq siècles après la fondation de Satô. Les villages ont grandi, devenant des villes. Les habitants se sont multipliés, atteignant le nombre de 300 000 et les ninjas représentent 5% de la population Satôsienne. La ville est en bons termes avec ses voisines, Suzu et Xi’an, ainsi qu’avec les petits villages qui l’entourent. La vie y est agréable, bien que quelques événements étranges se produisent de temps en temps. C’est dans cette ville que nous vous proposons de vivre aujourd’hui. Ferez-vous partie des civils qui profitent de cette tranquillité, ou des ninjas qui ont reçu la mission de les protéger ? Peut-être préférerez-vous justement venir troubler la paix qui semble pourtant assurée ?
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